Le chapeau de cocotte, plus qu'un simple accessoire de mode, est un symbole de la Belle Époque parisienne. Cet article explore l'histoire et l'évolution de ce chapeau emblématique, ainsi que son influence sur la culture et la société de son époque.
Dans le Paris extravagant de la Belle Époque, les cocottes sont les reines. Séduisantes, libertines et cultivées, elles s'affichent au bras d'hommes fortunés et s'improvisent artistes sur les scènes des music-halls, parées de leurs plus beaux bijoux. La journaliste Catherine Guigon leur a consacré un ouvrage richement illustré de photos, affiches et caricatures. Elle décrypte ici le style de ces amazones d'un autre temps.
Jane Avril portant un chapeau de cocotte, œuvre de Henri de Toulouse-Lautrec (1893)
Ce sont des courtisanes qui vivent partiellement de leurs charmes mais aussi des artistes et des "demi-mondaines", comme on les appelle alors. Il y a Liane de Pougy, la Parisienne un peu chichiteuse, Otero, bête de scène qui aime la vie, et Cléo de Mérode, réservée, qui se défend justement d'être une cocotte. À une époque assez puritaine, elles cristallisent tous les fantasmes. Prescriptrices, elles s'affichent aussi dans les pages des magazines.
Leur surnom viendrait des chapeaux à plumes qu'elles aimaient porter.
Elles se changent trois fois par jour, en fonction de leurs activités. Balade à vélo, bain de mer, promenade en calèche, voyage en train, les tenues sont très codifiées. En toutes circonstances, les cocottes restent élégantes, quitte à en faire un peu trop. Elles ne sortent jamais sans bijoux ni chapeau, et leurs robes sont signées Jacques Doucet, Jeanne Paquin, Frédéric Worth, fondateur de la haute couture, et Paul Poiret, qui abolit le corset. Une garde-robe luxueuse qu'elles se font offrir en échange de leurs charmes.
La démesure qui caractérise le début du XXe siècle disparaît avec la Première Guerre mondiale. Après celles de la Belle Époque, on compte peu de grandes cocottes, même si l'on peut citer Coco Chanel à ses débuts ou encore la belle et capricieuse Elizabeth Taylor, qui savait capter tous les regards. Belles, drôles, libertines, amorales, vénales et exigeantes : des années après, les cocottes continuent de fasciner.
Animal abondamment figuré dans la bande dessinée (environ 1 500 histoires dont 30 % ont des gallinacés pour héros), icône de la ruralité, la poule est très souvent anthropomorphisée. Tantôt elle incarne des valeurs maternelles (protectrice et avisée), tantôt elle est présentée comme stupide et devient source de gags. L'image du coq, mais aussi de la poule, est politisée dès l'orée du XXe siècle. Si le coq est du côté des conquérants, le poulet et la poule sont surtout du côté des opprimés. À travers l'élevage avicole, la bande dessinée se fait l'écho des pratiques sociales et économiques de son temps.
Bande dessinée mettant en scène une poule anthropomorphe
Elle s’appelle cocotte, mais elle n’est pas de celles qui s’habillent de papier, se parfument ou paradent au poulailler. Non, elle serait plutôt du genre à se blottir au coin du feu, en digne héritière d’une longue lignée gourmande de chaudrons et marmites. Quand elle montre le bout de son nez sous le petit nom de cocotte, au 19ème siècle, l’évolution de l’espèce fait son œuvre. La révolution industrielle est passée par là, fini les bronzes - fer ou laiton de ses ancêtres, elle adopte la fonte. Nouveau nom, nouvelle allure, la cocotte a déjà un tempérament de feu. Mais elle ne sait pas encore qu’elle rencontrera le creuset de son cœur en Picardie.
En 1925, tandis que la France chantonne "Valentine" et ses petits petons, que le style "garçonne" fait fureur et qu’Alain Decaux gazouille ses premières histoires depuis son berceau, une drôle de petite rondouillarde vient s’enjailler sur les fourneaux. Ils s’installent à Fresnoy-le-Grand, dans l’Aisne, pour y bâtir leur fonderie. Leur idée ? Créer une cocotte qui soit belle, de couleur, fonctionnelle, et d’une solidité sans faille. Leur trouvaille ? C’est ainsi, la cocotte aime se pomponner. Alors même si son orange volcanique et ses rondeurs sont emblématiques, elle est bien décidée à ne pas s’en contenter. N’est pas cocotte qui veut, dans la famille on se doit de rester fashion !
Cocotte Le Creuset
Ses créateurs l’ont bien compris, qui la font passer par toutes les couleurs. Elle n’est pas peu fière, en 1958, d’arborer sa nouvelle silhouette : profilée, un rien futuriste, elle s’est allongée pour devenir rectangulaire. A nouvelle ligne nouveau petit nom, ce sera la Coquelle. Dans les années 70, elle ne rechigne pas à retrouver ses rondeurs avec la "Mama", sous le trait d’Enzo Mari. Sous celui de Jean-Louis Barrault, la voilà qui s’allonge de nouveau dans les années 80 avec la "Futura". Pas du genre à s’en formaliser, au contraire, la cocotte a les poignées résolument ancrées dans les époques qu’elle traverse. Côté vestiaire, c’est la valse des émaux avec des couleurs en veux-tu en voilà : de l’orange au rose pâle, du vert au gris, du bleu au cassis etc, en passant par le fameux jaune Elysée dont raffolait Marilyn Monroe dans les années 60, au point de constituer sa collection personnelle de cocottes.
Être une cocotte, c’est tout un art : dans ce tourbillon effréné de lignes et d’émaux, elle est restée fidèle et n’a jamais cessé de glouglouter. Que le premier qui n’ait pas succombé à ses fumets envoûtants lève la main ! Il faut bien se rendre à l’évidence, la cocotte est (aussi) un tantinet charmeuse. Les gourmets n’ont pas de mots assez doux pour la qualifier, sous son couvercle elle sait y faire pour promettre monts et merveilles de son petit ragoût savamment mitonné. Il faut dire qu’elle est particulièrement chouchoutée pour répondre aux attentes de ses futurs aficionados, en backstage ça s’active. On ne lui refuse rien.
Un moule en sable (seul capable de supporter les 1500° degrés de la fonte en fusion), individuel, spécialement conçu pour elle : détruit après chaque cuisson, il fait de la petite marmite un modèle unique. Un matériau, la fonte, qui excelle à capter la chaleur pour mieux la conserver et la distiller en douceur : la voilà nantie d’un art consumé de la cuisson à l’étouffée. Ne lui dites pas qu’elle est d’un âge canonique, elle vous répondrait qu’elle est juste iconique. Pour preuve la collection jaune Elysée de Marilyn, vendue aux enchères en 1999 pour la modique somme de 25300 dollars. Ses créateurs Octave Aubecq et Armand Desaegher la voulaient résistante, presque un siècle plus tard leur trouvaille a fait ses preuves.
Mieux que ça, elle n’a pas pris une ride, ça laisse rêveur. Un secret ? Peut-être bien les voyages, qui, c’est bien connu, forment la jeunesse. La cocotte y emmène en balade sa maison mère, depuis le temps ces deux-là ne peuvent plus se passer l’une de l’autre : de lignes en lignes, de couleurs en couleurs et de collections en collections, elles écument les podiums. Mais un tel succès ne saurait lui faire tourner la tête. La maison Le Creuset est toujours ancrée à Fresnoy-le-Grand, la petite aristocrate des fourneaux est attachée aux traditions. Rien de tel que le bercail pour retrouver des couleurs. Oui, parce qu’on ne sait pas ce qu’elle nous mijote, mais il se pourrait bien qu’elle nous concocte de nouvelles fantaisies.
Evolution des cocottes Le Creuset
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