La chaîne alimentaire arctique : Un écosystème fragile

La région Arctique, qui englobe le pôle Nord de la Terre, s'étend sur six pays : la Russie, la Norvège, le Danemark, l'Islande, le Canada et les États-Unis. Cette région abrite une faune abondante et une diversité de cultures, avec des paysages variés allant de la banquise aux zones humides côtières, en passant par la toundra des hautes terres, les montagnes, les larges rivières et la mer.

Les eaux de la mer de Béring sont particulièrement remarquables, attirant de nombreux mammifères marins tels que les baleines grises et fournissant la moitié des poissons pêchés aux États-Unis. Les sites de pêche de cette mer sont essentiels aux communautés locales, dont les moyens de subsistance reposent sur la pêche, ainsi qu'à des millions de personnes dans le monde entier qui consomment ce poisson.

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Les menaces qui pèsent sur l'Arctique

L'Arctique est de plus en plus convoité par les entreprises de production d'énergies carbonées, ce qui représente une menace pour son écosystème fragile. Les températures dans l'Arctique augmentent deux fois plus vite que dans le reste du monde, entraînant de nombreux bouleversements tels que la réduction de la banquise, la fonte du pergélisol et l'élévation du niveau de la mer.

La diminution du volume et de l'étendue de la banquise arctique a des répercussions sérieuses sur les mammifères marins, tels que les phoques annelés et les ours polaires, dont la survie dépend de la glace. De plus, l'allongement des saisons d'eaux libres et la mondialisation entraînent une augmentation du nombre de voies navigables de l'Arctique s'ouvrant au transport commercial, ce qui fait peser plusieurs menaces telles que les naufrages, les déversements d'hydrocarbures et l'introduction d'espèces non indigènes.

Une grande partie des réserves pétrolières inexploitées du monde se trouve au large des côtes, dans les eaux biologiquement productives de l'Arctique. Les déversements d'hydrocarbures peuvent tuer les oiseaux, les poissons et les mammifères marins, ainsi que les petits organismes dont se nourrissent les espèces plus grandes. Malheureusement, aucune technologie ne permet actuellement le confinement complet d'hydrocarbures déversés dans le milieu marin.

Plusieurs régions de l'Arctique souffrent également de la surpêche et de la pêche illégale. Par exemple, dans la région du Kamtchatka, l'exploitation de caviar de saumon est très nocive pour l'environnement et appauvrit les populations de saumons.

Déclin de la banquise arctique

La pollution et ses effets sur la chaîne alimentaire

Chez les poissons et les mammifères marins, la présence de mercure s'accroît et les taux de certains polluants organiques persistants (POP) sont très élevés. Ces polluants s'accumulent dans la chaîne alimentaire, du phytoplancton aux humains, et sont nocifs à long terme pour la santé. Selon un chercheur canadien, il y aurait deux fois plus de mercure chez le béluga et certains poissons qu'il y a vingt ans.

Alors que le taux de mercure et de certains polluants est plutôt stable ou en baisse dans l'atmosphère de l'Arctique depuis une vingtaine d'années, la fonte de la banquise provoquée par les changements climatiques accroît la productivité du phytoplancton marin dans lequel les polluants se fixent. Ce constat est particulièrement préoccupant pour les Inuits qui s'alimentent au quotidien de poissons, de phoques et de bélugas.

Des chercheurs soulignent également l'augmentation inquiétante de nouveaux polluants persistants qui sont trouvés en concentration de plus en plus forte chez les mammifères marins. Une étude récente sur les bélugas de l'Arctique a mis en évidence le transfert placentaire de ces polluants de la mère au fœtus.

Le rôle crucial du krill

Le krill, un petit crustacé, joue un rôle essentiel dans la chaîne alimentaire de l'Arctique. Il est consommé par de nombreux poids lourds des océans tels que les baleines à fanons, les phoques crabiers, de nombreux poissons, certains invertébrés benthiques, certains céphalopodes, les oiseaux volants et les manchots. Son existence, son abondance et sa densité assurent donc la stabilité de la chaîne alimentaire et la persistance d'un grand nombre et d'une grande diversité d'espèces dans les écosystèmes.

Le krill se nourrit principalement de phytoplancton et, aux premiers stades de son existence en hiver, de la couche d'algue qui se développe sous la glace de mer. Cette caractéristique le rend particulièrement vulnérable au changement climatique qui entraîne une réduction de cet habitat essentiel à sa survie.

Malgré sa petite taille (4 à 7 cm de long et un poids de 2 grammes), le krill possède un génome géant d'environ 48 Gbp, soit environ 8 fois la taille du génome humain.

Krill antarctique (Euphausia superba)

La menace de la pêche au krill

Le krill est largement exploité pour l'industrie agroalimentaire, notamment pour la fabrication de farine utilisée dans l'aquaculture et pour l'élevage de saumon. Il sert également d'appât, d'ingrédient en tant que tel ou de ressource pour l'industrie pharmaceutique.

La pêche au krill est concentrée sur de relativement petites surfaces à l'ouest de la Péninsule Antarctique, et on estime entre 300 000 et 450 000 tonnes la masse de krill capturée chaque année. Ce prélèvement extensif pourrait avoir des conséquences négatives sur les populations de manchots notamment.

L'ours polaire : Prédateur au sommet de la chaîne alimentaire

En tant que prédateurs au sommet, les Ours polaires se trouvent au sommet de la chaîne alimentaire de l'Arctique. Seuls les humains représentent une menace pour cette espèce massive et majestueuse. Les Ours polaires se sont bien adaptés à l'Arctique : ils ont une petite tête pour minimiser les pertes de chaleur, des oreilles courtes recouvertes de fourrure et des griffes plus puissantes que celles des autres types d'ours.

Les Ours polaires mangent à peu près tout ce qu'ils peuvent attraper, mais leur repas préféré est le phoque, plus précisément le Phoque barbu et le Phoque annelé. Sur la banquise, ils se nourrissent également de jeunes morses, de phoques du Groenland, de phoques à capuchon, de bélugas et de Narvals. Sur terre, ils attrapent des rennes, des bœufs musqués, des rongeurs, de jeunes oiseaux de mer et des œufs d'oiseaux. Ils se régalent même des carcasses de baleines échouées sur le rivage.

Les Ours polaires ne forment pas une seule grande population homogène qui parcourt l'Arctique à l'unisson. Au contraire, des groupes d'ours polaires appelés "stocks" ou "populations" sont répartis dans tout l'Arctique. Les scientifiques utilisent souvent des satellites et la technologie infrarouge pour suivre les ours polaires individuellement et en déduire les mouvements et les limites de la population.

Ours polaire sur la banquise

Les efforts de conservation

Face aux menaces qui pèsent sur l'Arctique, des efforts de conservation sont mis en œuvre pour protéger cet écosystème unique. Le WWF réunit ses homologues américains et russes pour soutenir la recherche scientifique et la participation communautaire dans la gestion des ressources et les efforts de conservation des espèces.

En 2014, le WWF a célébré une victoire importante annoncée par Obama, l'interdiction des forages pour l'extraction de gaz et de pétrole dans la baie de Bristol. Chacun d'entre nous peut se mobiliser et agir au côté du WWF pour faire face au plus grand défi de notre siècle : la sauvegarde des espèces et des espaces menacés.

Acteurs clés de la chaîne alimentaire arctique
Niveau Trophique Organismes Rôle
Producteurs primaires Phytoplancton, algues Produisent de l'énergie par photosynthèse
Consommateurs primaires Krill, petits crustacés Se nourrissent de phytoplancton
Consommateurs secondaires Petits poissons, phoques crabiers Se nourrissent de krill et autres petits organismes
Consommateurs tertiaires Grands poissons, phoques, oiseaux marins Se nourrissent de poissons et de petits mammifères marins
Prédateurs au sommet Ours polaires, orques Se nourrissent de phoques, de poissons et d'autres grands animaux

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