Besoins nutritionnels des bovins viande : Optimisation de l'alimentation pour une qualité supérieure

L'amélioration de la qualité des viandes bovines est une préoccupation récurrente de la filière. L’engraissement de bovins nécessite une alimentation riche en énergie et en protéines pour assurer un gain de croît et un état de finition suffisants. L’utilisation de concentrés répond à cet objectif, mais rend les systèmes dépendants envers cette matière première achetée ou produite sur l’exploitation.

Gestion intelligente de l'affouragement dans l'engraissement bovin

Disposer de données de composition nutritionnelle précises, représentatives et actualisées est une préoccupation de nombreux professionnels des secteurs de la sante, de l’agroalimentaire et de la restauration. Ces données sont mises à disposition par INTERBEV aux professionnels de la filière mais aussi à tout acteur externe intéressé (diététiciens, chercheurs).

Anatomie et physiologie de la digestion bovine

Les ruminants sont principalement des consommateurs de végétaux. Grâce à leur système digestif, ils sont capables de dégrader et valoriser la cellulose contenue dans les fibres végétales.

Les 4 estomacs du bovin

La vache est un herbivore ruminant. Les ruminants ont donc la possibilité de dégrader les fibres végétales contenues dans les fourrages. La vache, comme les autres ruminants, possède 3 pré-estomacs et 1 véritable estomac.

  • Le rumen : Les aliments suffisamment broyés par la mastication vont arriver dans le rumen. Le rumen est composé de deux sacs : un ventral et un dorsal, situés côté gauche de l’animal. Le volume total du rumen atteint environ 150 litres.
  • Le réseau : Les aliments poursuivent leur circuit en passant par le réseau, aussi appelé reticulo-rumen ou rumino-réticulum. Comme son nom l’indique, il est en communication directe avec le rumen.
  • Le feuillet : Le feuillet, aussi appelé l’omasum, permet le recyclage de certains nutriments.
  • La caillette : La caillette, aussi appelée l’abomasum, est le véritable estomac chez un animal polygastrique, puisque c’est le seul organe digestif sécréteur.

La physiologie de la digestion

La physiologie permet de passer d’un aliment (composé d’eau et de matières minérales et organiques) à des nutriments assimilables par l’animal. La digestion chez le ruminant est permise par 3 phénomènes : le mécanique, le biologique et le chimique.

  • La digestion mécanique : La digestion mécanique est possible grâce à la rumination. C’est un phénomène réflexe. L’objectif est de réduire la taille des particules pour qu’elles passent dans le réseau et le rumen.
  • La digestion biologique : La digestion biologique se déroule dans le rumen. Il est constitué de nombreux micro-organismes, à savoir des bactéries et des protozoaires.
  • La digestion chimique : La digestion chimique a lieu dans la caillette. Grâce à l’action des enzymes digestives, sont dégradés et absorbés les protides (les protéines et les acides aminés), les glucides (du glucose principalement) et les lipides (les acides gras et les triglycérides), qui proviennent tous du rumen.

Sur le terrain, l’éleveur peut vérifier le bon fonctionnement anatomique et physiologique de la digestion par trois pratiques : le remplissage du rumen, l’examen des flancs et l’observation des bouses.

Besoins alimentaires précis et calculables

Les ruminants ont des besoins alimentaires de plusieurs natures, qui peuvent se calculer par des formules mathématiques simples. Ils permettent alors d’adapter les rations distribuées aux caractéristiques de l’animal.

Les besoins en énergie

Les besoins en énergie permettent de maintenir la température de l’animal et d’assurer les fonctions vitales de son organisme. Pour couvrir les besoins en énergie, l’apport de glucides dans la ration est indispensable. Les lipides fournissent également de l’énergie.

Les besoins en azote

Les besoins en matières azotées sont nécessaires dans la constitution de l’organisme et pour la production de l’animal. Pour couvrir les besoins en azote, l’apport de matières azotées dans la ration est indispensable.

Les besoins en phosphore et en calcium

Les besoins en minéraux permettent le bon fonctionnement de l’organisme car ils agissent comme des catalyseurs de différentes réactions chimiques. Une mauvaise couverture minérale peut être à l’origine d’une mauvaise croissance, d’un manque de production ou de problèmes de reproduction.

Les besoins en eau

En alimentation bovine, les besoins en eau ne sont pas à négliger. En production laitière, il a été prouvé qu’une restriction de 50% de l’abreuvement fait diminuer de 20% la production de lait !

Ingrédients variés en alimentation bovine

Environ 80% des aliments consommés par les bovins sont des fourrages : principalement de l’herbe (sous différentes formes) et du maïs ensilé.

Les fourrages

Pour l’alimentation des vaches, les fourrages constituent la base d’une ration, puisqu’ils apportent à la fois un encombrement du rumen et des valeurs nutritives à l’animal. Ce sont des aliments frais, ou conservés sous différentes formes, constitués des appareils aériens de plantes fourragères cultivées.

Les concentrés

L’éleveur, qui connait ses animaux et sait évaluer leurs besoins, va régulièrement adapter la ration qu’il leur distribue. En particulier, il va la compléter avec des aliments concentrés, d’origine végétale et minérale. Une grande partie des compléments de nature végétale est produite sur l’exploitation, notamment les céréales.

Les compléments minéraux et vitaminiques (CMV)

Des compléments minéraux (calcium, phosphore) et vitaminiques peuvent être apportés. Enfin, l’éleveur met а disposition des animaux, au pré ou а l’étable, de l’eau potable et propre.

Phases d'alimentation et protocoles

Le démarrage

La phase de démarrage permet de mettre à niveau tous les animaux provenant d'un ou plusieurs élevages, ce qui en fait une étape clé. L'alimentation repose sur un bon fourrage pour sécuriser le rumen et favoriser la rumination. L'aliment complémentaire est également sécurisé pour éviter un mauvais démarrage. Il est équilibré en protéines (16-17 %) et le niveau d’énergie est limité, surtout en amidon (< 22 %), pour éviter les troubles digestifs. Pendant cette phase, toutes les interventions sanitaires nécessaires doivent être réalisées. Il est crucial de soutenir les animaux pour qu'ils passent cette étape avec des solutions nutritionnelles riches en antioxydants et vitamines.Le passage à la phase de croissance se fait en douceur pour adapter la flore.

La croissance

L’apport de protéines est essentiel pour la synthèse musculaire. L’énergie est également un élément crucial. En effet, pour fabriquer 1 kg de muscle, l’animal a besoin de 2,2 UFV, sans compter ses besoins d’entretien ni ceux pour le gras. Par exemple, pour un objectif de GMQ de 1,8 kg, l’apport d’UFV doit être de 4 par jour rien que pour le muscle. Enfin, la minéralisation est un autre aspect important.

Pendant l’engraissement

Pendant l’engraissement, il est recommandé d’apporter entre 90 et 95 PDI/UF pour les jeunes bovins de races laitières, entre 100 et 105 g de PDI/UF pour les JB de races allaitantes et entre 90 et 100 g de PDI/UF pour les femelles en finition.

Alternatives et équivalences alimentaires

Le remplacement du blé par d’autres concentrés énergétiques et du tourteau de soja ou colza par d’autres concentrés protéiques est possible.

Équivalences entre différents aliments énergétiques et le blé

Les équivalences entre différents aliments énergétiques et le blé sont calculées sur les UFV.

Aliments (kg brut) Remplace (en kg brut) Intérêts et limites
1 kg de triticale 1 kg de blé Equivalent au blé
1 kg d'orge 0,91 kg de blé Moins acidogène, seule en complément de l’ensilage possible mais indice de consommation détérioré de 10 à 15 %
1 kg de maïs grain 1,04 kg de blé Riche en énergie, en sec : distribuer aplati, en humide à 65 % MS et moins : broyer à la récolte et ensiler, en humide à 70 % MS : stocker entier et inerter (absence d’air : big-bags,…), indice de consommation amélioré
1 kg de betteraves fourragères 0,15 kg de blé Appétent, riche en énergie, 3 à 4 kg de MS/j en complément de l’ensilage de maïs, entières ou coupées, performances équivalentes
1 kg de pulpe surpressée 0,22 kg de blé Appétent, riche en énergie, utilisable en plat unique avec apport de fourrages. Riche en Ca, pauvre en P, adapter l’AMV, bonnes performances
1 kg de pulpe déshydratée 0,85 kg de blé
1 kg de pommes de terre 0,24 kg de blé Appétent, riche en énergie, riche en amidon, limiter l’apport à 15-20 kg bruts/JB et apport indispensable de fibres. Co-produits intéressants.

Équivalences entre différents aliments azotés et le tourteau de soja

Les équivalences entre différents aliments azotés et le tourteau de soja sont calculées sur les PDIN.

Aliments (brut) Remplace le tourteau de soja 48 (brut) Remplace le tourteau de colza (brut) Intérêts et limites
Tourteau de colza 1,5 kg _ Peut remplacer en totalité le soja, entraine une légère baisse énergétique de la ration, mais les performances zootechniques sont très proches.
Tourteau tournesol non décortiqué* 1,9 kg 1,2 kg Peut remplacer en totalité le soja et le colza, mais pauvre en énergie. Entraîne une dilution énergétique de la ration et une baisse des performances. Riche en cellulose.
Tourteau de lin expeller 1,5 kg 1,0 kg Peut remplacer en totalité le soja et le colza, plus riche en énergie que le tourteau de colza. Améliore les performances et l’efficacité alimentaire.
Pois, féverole crue 2,9-3,1 kg pour le pois 2,3 kg pour la féverole 1,9-2 kg pour le pois 1,5 kg pour la féverole Peuvent remplacer en totalité le soja et le colza, teneur en UFV proche du tourteau de soja mais supérieure au colza. Distribuer aplati, avec un fourrage grossier (paille). Maintien des performances et de l’efficacité alimentaire. S’assurer de la valeur alimentaire des graines toastées (écart valeurs INRA 2007). A privilégier sur des rations à base d’herbe.
Pois, féverole toastée 2,6-2,8 kg pour le pois 2,0 kg pour la féverole 1,7-1,8 kg pour le pois 1,3 kg pour la féverole
Graine de lin 2,3 kg 1,5 kg Remplacement partiel du soja mais total du colza car forte teneur en matière grasse qui limite les quantités distribuées à 1,5 kg. Riche en énergie. A distribuer aplatie.
Tourteau gras de colza 1,5 kg (si 20 % MG) 1,0 kg (si 20 % MG) Valeur dépendant de sa teneur en matière grasse. Peut-être utilisé seul pour remplacer le soja jusqu’à 15-20 % de MG (apport de 2,5 à 3 kg maxi). Plus riche en énergie que le tourteau de soja. Permet de maintenir une bonne densité énergétique de la ration et les performances.
Corn gluten feed 2,6 kg 1,7 kg Riche en énergie, riche en amidon, apport complémentaire de fibres. Performances équivalentes
Drèches de blé (< 7 % d’amidon) 1,45 kg 0,96 kg Riche en protéines, appétent. Permet de remplacer les ¾ du soja et totalement le colza. Drèches de brasserie moins riches en protéines et énergie
Luzerne déshydratée (18 % MAT) 3,0 kg 2,0 kg Déficitaire en protéines et énergie. Remplace partiellement le soja. A privilégier sur bovins à faibles besoins. Riche en fibres et Ca. Adapter l’AMV.

Une conduite optimale sur les trois axes n’a pas encore été déterminée, mais des résultats intéressants sont observés sur les finitions à l’herbe.

Stratégies d'alimentation des vaches laitières

Les stratégies d'alimentation des vaches laitières sont le plus souvent basées sur le fourrage disponible sur l'exploitation complété par des concentrés produits ou non sur l'exploitation aussi, pour couvrir les besoins des animaux. Il faut alors trouver un compromis entre les besoins individuels très différents au sein du troupeau et une simplification de l'alimentation tout en optimisant l'utilisation d'aliments concentrés. Pour cela, différentes stratégies existent.

La ration complète

Cette technique offre à l'éleveur un gain de temps considérable, car elle consiste à mélanger préalablement fourrages et concentrés puis à distribuer ce mélange aux animaux. Il n'y a aucun apport individuel de concentré. Si elle permet aussi un bon fonctionnement du rumen, elle tient compte d'un objectif moyen de production.

La ration semi-complète

Pour éviter cet inconvénient de la ration complète, l'éleveur peut choisir de diminuer la part énergétique de la ration et de distribuer aux vaches hautement productrices un complément concentré. Les vaches à faible production ne seront ainsi par suralimentées.

La complémentation individualisée

Cette fois-ci, l'alimentation est totalement individualisée. Les concentrés sont administrés animal par animal. Cela permet donc un ajustement précis aux besoins de chaque individu.

Réglementation et sécurité alimentaire

A chaque étape de la filière, les professionnels s'engagent pour garantir aux consommateurs une viande bovine de bonne qualité. A ce titre, les éleveurs respectent des normes exigeantes notamment pour la nourriture qu’ils distribuent à leurs animaux.

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