Les liens entre l’asthme, les sensibilisations et les allergies alimentaires (AA) sont débattus depuis longtemps. En date du 11 juin 2016, une requête sur le moteur de recherche PubMed avec l’item “Asthma and food allergy” dénombrait 4 540 articles, le premier datant de 1948 (il s’agissait d’un article de LW Hill “Food sensitivity in 100 asthmatic children”. N Engl J Med, 1948;238:657-659).
Le nombre des articles publiés, inférieur à 20 par an jusqu’en 1981, a augmenté considérablement entre 1983 (35 par an) et 2003 (157 par an) pour se situer ensuite à des niveaux très élevés : 352 (en 2015) et 184 (au premier semestre de 2016) ! Cette évolution témoigne de l’intérêt porté à ce sujet, en relation avec l’épidémie d’allergies, asthme et AA en particulier, qui a été observée au cours des 30 dernières années.
La succession de manifestations allergiques chez une même personne est un phénomène bien connu, on l’appelle « la marche allergique ». L’eczéma est souvent le premier à apparaître, dans les 3 premiers mois, suivi de près par les allergies alimentaires. L’asthme ou ses « équivalents » (toux chronique, bronchites sifflantes…) apparaissent souvent dès le début de la scolarisation. La rhinite allergique apparaît peu après dans l’enfance.
Cet enchaînement n’est pas systématique: certains enfants ne souffrent que de l’un ou l’autre des symptômes, mais cette évolution reste souvent le déroulement naturel de l’allergie. Il existe deux profils différents d’enfants ayant de l’eczéma, certains étant plus prédisposés à développer de l’asthme que les autres. Si on ne peut pas changer le capital génétique, on peut, sans devenir excessivement inquiet, être vigilant.
La marche allergique : un enchaînement de manifestations allergiques typiques.
L’asthme allergique a la particularité d’être déclenché par un élément allergène (pollen, acarien, moisissure, poils d’animaux, allergie alimentaire…). L’asthme révèle une cause allergique chez 50% des adultes et 80% des enfants.
Une allergie se déclare lorsque le système immunitaire identifie un élément extérieur comme allergène. Lorsque l’organisme rencontre de nouveau cet élément, les réactions allergiques se déclenchent. Dans le cas de l’asthme allergique, il s’agit d’un rétrécissement des bronches qui entraîne des difficultés respiratoires.
Environ 70% des enfants dont les deux parents sont allergiques développent eux-mêmes une allergie. Cependant, les facteurs environnementaux jouent également un rôle décisif dans le déclenchement de l’allergie et de son évolution vers des manifestations telles que l’asthme allergique :
Facteurs environnementaux et qualité de l'air.
En moyenne, une personne allergique attend 7 ans avant de consulter un professionnel de santé. Cette période de latence peut entraîner une aggravation des manifestations allergiques, jusqu’à l’asthme allergique. Certains signes doivent vous encourager à vous tourner vers un spécialiste :
Chez l’adulte, l'asthme est rarement en rapport avec une allergie alimentaire. En revanche, les allergies alimentaires peuvent déclencher d’autres symptômes (urticaire, perturbations digestives). Chez l’enfant, les allergies alimentaires sont plus fréquentes et peuvent être liées à des manifestations asthmatiques.
Les symptômes respiratoires font souvent partie du tableau clinique de l’AA, de façon isolée (détresse respiratoire, bronchospasme, œdème laryngé, stridor, rhinite) ou en cas d’anaphylaxie caractérisée par l’atteinte de plusieurs organes cibles. Ces symptômes surviennent après l’ingestion de nombreux aliments, mais aussi après l’inhalation de particules allergéniques volatiles ou, plus rarement, après le contact avec certains aliments.
Les liens entre l’asthme, les sensibilisations et les AA sont débattus depuis longtemps.
Diversifier l’alimentation durant la 1ère année de vie permettrait-elle de diminuer le risque allergique à 6 ans ? Pour apporter des éléments de réponse à cette question, des chercheurs se sont penchés sur des données collectées auprès d’enfants issus de l’étude de cohorte européenne PASTURE/EFRAIM qui avait pour objectif d’étudier les facteurs de risque d’atopie.
Dans cette étude, les familles rurales étaient séparées en 2 selon le fait qu’elles vivaient ou non dans une ferme. Les mères ont été interrogées durant le 3e trimestre de grossesse et lorsque leur enfant avait 2, 12, 18 et 24 mois, puis à chaque anniversaire jusque l’âge de 6 ans. Différentes questions y étaient abordées : terrain atopique, niveau d’éducation, tabagisme, type d’accouchement, poids du bébé à la naissance, âge gestationnel, sexe du bébé, nombre de frères et sœurs, durée de l’allaitement, diversification alimentaire.
Des analyses de sang ont été pratiquées à la naissance (cordon ombilical) et aux âges de 1, 4, 5 et 6 ans. Parmi les données recueillies auprès des 856 enfants, 51,5% vivaient dans une ferme et 53,6% avaient au moins un des deux parents qui était allergique. La diversification alimentaire au cours de la 1ère année de vie était plus importante parmi les enfants issus de parents fermiers. Quand au moins l’un des parents avait un terrain atopique, la diversification alimentaire était moins développée.
Aucune association n’a pu être faite entre le score de diversification alimentaire et le sexe, le nombre de frères et sœurs, la durée de l’allaitement maternel, le niveau d’éducation maternelle. La prévalence de l’asthme parmi les enfants s’élevait à 8,6% entre 3 et 6 ans, celle de la rhinite allergique à 7,6% et celles des allergies alimentaires à 7,4%. Ces proportions étaient plus élevées chez les enfants dont les deux parents étaient allergiques en comparaison avec ceux dont aucun des parents n’était allergique : 10,7% vs 6,3% pour l’asthme, 11% vs 3,6% pour la rhinite allergique et 10,6% vs 3,7% pour les allergies alimentaires.
Les chercheurs ont retrouvé une association significative entre la diversification alimentaire avant un an et la survenue d’un asthme, et ce de façon inversement proportionnelle au nombre d’aliments introduits. A chaque nouvel aliment introduit durant la 1ère année de vie, le risque que l’enfant présente un asthme diminuait de 26%. En prenant en référence le score de diversification alimentaire élevée (6 aliments), l’odds ratio (OR) lorsque celle-ci était faible (0-3 aliments) s’élevait à 3,58 (IC95% : 1,47-8,75) et à 2,20 (IC95% : 1,33-3,64) en cas de diversification modérée (4-5 aliments).
Des résultats similaires ont été retrouvés dans l’allergie alimentaire. Les enfants dont le score de diversification alimentaire était bas voyaient augmenter leur risque de développer une allergie alimentaire jusqu’à l’âge de 6 ans (OR : 4,65, IC95% : 1,86-11,61). Quand les aliments introduits étaient étudiés un par un, les chercheurs ont trouvé une forte association inverse entre l’introduction avant 1 an des produits laitiers dans l’alimentation de l’enfant et la survenue d’un asthme (OR : 0,40, IC95% : 0,24-0,64).
Chez les enfants dont le score de diversification alimentaire était bas, le niveau des marqueurs d’anticorps IgE à l’âge de 6 ans était multiplié par 1,8 (IC95% : 1,21-2,70) par rapport aux enfants dont le score était élevé.
Diversification alimentaire et allergies chez l'enfant.
| Score de Diversification Alimentaire | Risque d'Asthme (OR) | Risque d'Allergies Alimentaires (OR) |
|---|---|---|
| Faible (0-3 aliments) | 3,58 (IC95% : 1,47-8,75) | 4,65 (IC95% : 1,86-11,61) |
| Modérée (4-5 aliments) | 2,20 (IC95% : 1,33-3,64) | Non spécifié |
| Élevée (6 aliments) - Référence | 1 | 1 |
Peut-on prendre des mesures préventives ? Oui, elles sont utiles pour éviter d’entretenir une inflammation des voies respiratoires. La première est incontestablement l’absence de tout tabagisme au domicile, ensuite il faut maintenir une température modérée surtout dans la chambre de l’enfant et éviter une sécheresse de l’air ambiant (irritante à la fois pour la peau et les voies respiratoires), limiter les matériaux retenant les acariens (coussins ou oreillers en plume, tapis, moquettes…), éviter les parfums d’intérieur, bougies parfumées, encens, sprays désodorisants, etc.
Chez les personnes asthmatiques, le tabac est formellement déconseillé car la fumée contient de nombreuses substances irritantes qui vont aggraver l’asthme. Fumer accroît la fréquence des crises et la sévérité de l’asthme. Les asthmatiques fumeurs ont une fonction respiratoire qui se dégrade plus vite que les asthmatiques qui ne fument pas.
À long terme, des lésions pulmonaires en rapport avec le tabac, par exemple un emphysème, peuvent se développer et aggraver l’asthme. La fumée des autres est également nocive pour les asthmatiques. La fumée secondaire que vous inhalez au contact d’un fumeur contient de nombreuses substances irritantes qui vont aggraver l’asthme en provoquant, entre autres, une inflammation des voies respiratoires.
Le tabagisme des parents est responsable, chez l’enfant asthmatique, d’une aggravation des troubles respiratoires. Les effets nocifs du tabagisme passif chez l’enfant ont fait l’objet de nombreuses études : le tabagisme maternel durant la grossesse augmente le risque pour l’enfant à naître de développer des troubles respiratoires dans les premières années de sa vie, et peut-être certaines maladies de type allergique. Dans les familles ayant un risque allergique, il est donc encore plus important de ne pas fumer pendant la grossesse et en présence des enfants.
Aucune vaccination n’est contre-indiquée chez les personnes asthmatiques. En cas d’allergie aux protéines de l’œuf, les vaccinations qui en contiennent (rougeole, grippe, fièvre jaune, rage et encéphalite à tiques) doivent être réalisées sous stricte surveillance médicale. En France, l’asthme ne fait pas partie des maladies pour lesquelles la vaccination contre la grippe est prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie.
Les émotions fortes (contrariétés, colère, stress) peuvent déclencher une crise d’asthme, notamment à cause de l'hyperventilation qui est une accélération importante de la respiration. Une stimulation émotionnelle peut ainsi provoquer un rétrécissement du diamètre des bronches chez 15 à 30 % des personnes asthmatiques.
L’angoisse peut modifier la perception des symptômes par le patient. Enfin, l’asthme, particulièrement lorsqu’il est sévère et qu’il gène la vie quotidienne, peut entraîner chez certaines personnes de vraies perturbations psychologiques : anxiété (crainte de la crise, peur de mourir étouffé, etc.) ou sentiments dépressifs liés à la prise de conscience du handicap respiratoire (peur d'être limité au niveau des activités de la vie quotidienne ou des capacités physiques). Dans ce cas, la personne a plus de mal à gérer son asthme et a tendance à prendre de plus fortes doses de médicaments. La prise en charge des troubles psychologiques est donc essentielle pour bien équilibrer le traitement, mais elle ne se substitue pas au traitement médical.
Si la consultation d’un professionnel de santé reste incontournable, il est également essentiel d’adopter certains réflexes dans votre vie quotidienne afin de minimiser votre exposition aux allergènes.
Pour limiter les allergènes présents dans votre environnement extérieur :
Pour limiter les allergènes présents dans votre environnement intérieur :
SOURCES
1- Raffard M., Partouche H. Allergologie en pratique. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris), Traité de Médecine Akos, 2-0093, 2008.
2- Traité d’allergologie page 345.
3- Demoly P et al. L’offre de soins en allergologie en 2011. Revue française d’allergologie.
Roduit C et al. Increased food diversity in the first year of life is inversely associated with allergic disease. J Allergy Clin Immunol.
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