L'Alimentation du Porc Fermier : Clés pour une Production Optimale

L’objectif de la production porcine moderne est de maximiser la quantité et la qualité de la viande porcine produite par truie par an (ou au cours de sa vie) à coût réduit.

Il est donc essentiel de comprendre les besoins nutritionnels spécifiques des porcs à chaque étape de leur vie, depuis la naissance jusqu'à l'abattage. L’alimentation influence directement les taux de croissance, la conversion alimentaire et la qualité de la viande.

Un apport adéquat en nutriments essentiels, tels que les protéines, les acides aminés, les vitamines et les minéraux, est indispensable pour une croissance optimale. Un régime équilibré favorise une meilleure synthèse des protéines musculaires, ce qui se traduit par une croissance journalière plus importante de 15 à 20% selon les études.

La conversion alimentaire représente l'efficacité avec laquelle les animaux convertissent la nourriture en gain de poids. Un régime riche en nutriments digestibles et appétissants encourage une meilleure absorption des nutriments, réduisant ainsi la quantité de nourriture gaspillée.

L'alimentation joue un rôle important dans la composition et les caractéristiques de la viande. Un régime riche en acides aminés essentiels favorise le développement des muscles maigres, ce qui se traduit par une viande plus tendre et plus savoureuse.

Pour réduire les coûts, les producteurs peuvent utiliser des ingrédients locaux ou des sous-produits de l'industrie agroalimentaire. L'incorporation de coproduits, tels que les drêches de distillerie, peut réduire les coûts sans compromettre la qualité nutritionnelle.

Dans les élevages français, l’alimentation des porcs n’est constituée que de produits végétaux sélectionnés pour leurs grandes qualités nutritives. L’alimentation des porcs répond à des exigences qualitatives et sanitaires strictes. Les éleveurs de porcs assurent à leurs animaux une alimentation adaptée à leurs besoins.

Certains éleveurs ont fait le choix de fabriquer eux-mêmes leurs aliments. C'est le cas de plus de 35% des éleveurs, qui cultivent eux-mêmes ou achètent directement les matières premières, principalement des céréales et des graines oléoprotéagineuses.

L’autonomie alimentaire est un facteur clé de rentabilité des élevages de porcs bio. En effet, l’aliment représente 75 à 80 % du coût de revient. Il est donc important de bien connaître les besoins alimentaires des animaux et les matières premières intéressantes à valoriser pour couvrir ces besoins.

Les Besoins Nutritionnels du Porc : Énergie, Protéines et Minéraux

L’alimentation des porcs repose sur 3 besoins principaux à satisfaire par différents apports : l’apport énergétique, l’apport azoté et l’apport minéral. Ces besoins varient selon l’âge et le poids des animaux.

Cette valeur peut être exprimée en énergie digestible (ED), en énergie métabolisable (EM) et en énergie nette (EN). L'énergie nette est le critère le plus pertinent pour évaluer la valeur réelle d'un aliment pour l'animal.

Ces éléments constituent les protéines et sont cruciaux pour la croissance des porcs. Certains acides aminés, appelés essentiels, doivent être apportés par l'alimentation car le porc ne peut pas les synthétiser. La lysine est l'acide aminé limitant, et son apport conditionne l'utilisation des autres acides aminés. Les besoins en acides aminés sont déterminés en fonction de leur digestibilité par l'animal.

Essentiel pour le métabolisme énergétique et la santé osseuse des porcs, le phosphore doit être présent en quantité adéquate dans l'alimentation. Un excès de phosphore peut également contribuer à la pollution environnementale. Les besoins en énergie et en acides aminés sont interdépendants et sont exprimés sous forme d'un rapport entre la lysine digestible et l'énergie nette.

Les apports alimentaires peuvent être raisonnés en quantité d’aliment en kg par animal. Mais toutes les quantités d’aliment ne se valent pas ! Si l’on veut aller plus loin dans l’évaluation des besoins des animaux, on raisonne les apports par catégorie et par type d’apport : énergie, protéines afin d’avoir des aliments équilibrés.

Il existe une plage de variation possible relativement importante pour les caractéristiques principales de l’aliment (énergie et lysine). Il n’y a pas de concentration énergétique optimale pour un aliment, les animaux pouvant ajuster leur consommation journalière. En revanche, la teneur en protéines (Matières Azotées Totales - MAT) et en particulier en lysine doit être ajustée de façon proportionnelle à l’augmentation de la valeur énergétique des aliments. Une adaptation des apports en protéines est toutefois possible et même nécessaire en fonction du potentiel génétique des animaux, et du niveau de performances recherché.

Les Phases de l'Alimentation du Porc Fermier

Les besoins nutritionnels des porcs varient considérablement en fonction de leur stade de développement. Il est donc important de disposer d’un aliment pour chaque stade physiologique (ou catégorie d’animaux) afin de maîtriser la conduite alimentaire et les performances :

  • Porcelets 2e âge : jusqu’à 25-30 kg
  • Croissance : jusqu’à 60-70 kg
  • Finition : jusqu’à 115-120 kg
  • Gestation : du sevrage jusqu’à 2 à 3 jours après la mise bas
  • Lactation : de 2 à 3 jours après la mise bas jusqu’au sevrage

L’aliment truie allaitante peut aussi être distribué dès l’entrée en maternité.

L'alimentation du porcelet

Dès la naissance, la qualité du lait maternel est importante pour leurs croissances. Le colostrum (premier lait produit par les mamelles de la truie peu de temps avant et immédiatement après la mise bas) qui est riche en immunoglobines et en nutriments joue un rôle déterminant pour le développement du système immunitaire des porcelets.

La consommation de colostrum et de lait constitue le premier instinct initial pour les porcelets après la naissance. Il est essentiel de veiller à ce que chaque porcelet consomme environ 250 g de colostrum. Cependant, la production de colostrum est limitée et peut varier. Pour maximiser cette production, il sera important de favoriser le développement optimal de la glande mammaire et de sa synthèse en fin de gestation. Une accumulation excessive de graisse dans la glande peut entraver la mammogenèse. Par conséquent, il ne faut pas suralimenter les truies pendant la gestation.

Le lait maternel fournit environ 12 MJ/kg et il doit être complété par des aliments pré-sevrage (poudre, granulés, pépinières liquides) à partir de la deuxième semaine pour permettre aux porcelets de s’adapter à une alimentation solide.

Le sevrage se fait généralement 3 à 4 semaines après la naissance et un poids de 7 a 8 kg. Les besoins nutritionnels des porcelets changent. Ils doivent consommer des aliments solides à haute digestibilité, avec des niveaux de protéines ajustés (18 à 20 %) pour réduire le stress post-sevrage. Des acides aminés essentiels comme la méthionine et la lysine restent vital pour une bonne croissance.

A noter qu’en production biologique, l’aliment 1er âge est peu utilisé, car les animaux sont sevrés à 42 jours, ils font alors environ 11 kg.

L'alimentation de la truie

Les truies en gestation et en lactation ont des besoins nutritionnels spécifiques pour soutenir leur portée et leur production de lait. Une truie en gestation nécessite environ 13 MJ d'énergie métabolisable par jour, tandis qu'une truie allaitante peut en nécessiter jusqu'à 18 MJ/jour.

La production laitière des truies est influencée par le nombre de porcelets, leur vitalité et l'apport alimentaire quotidien des truies.

En général, la ration alimentaire d'une truie en gestation doit être suffisante pour couvrir ses besoins énergétiques et protéiques, tout en évitant l'excès de poids. Une ration riche en fibres est également importante pour favoriser la satiété et maintenir la santé digestive de la truie.

Pendant la lactation, la ration alimentaire doit être augmentée pour répondre aux besoins accrus en énergie, en protéines, en minéraux et en vitamines.

La phase de finition

La phase de finition, qui commence lorsque les porcs atteignent près de 70 kg, nécessite une alimentation qui optimise la conversion alimentaire et la prise de poids, souvent ciblée à 2,4 à 2,6 kg d'aliment pour 1 kg de gain de poids. Le niveau énergétique des rations augmente à environ 13 à 14 MJ/kg, tandis que la teneur en protéines est réduite à environ 15 à 17 % pour éviter les excès d'azote et les coûts inutiles.

Les céréales, comme le blé ou le seigle, peuvent constituer jusqu’à 75 % de l’alimentation des porcs, ces derniers devant être engraissés pour la production de viande.

Exemple d'Exploitation : Le GAEC de Coet Nouzic

Sur l’exploitation du Gaec de Coet Nouzic à Locmalo (56) l’atelier porcs fermiers Label Rouge des Fermiers d’Argoat occupe l’équivalent en temps de travail d’une personne. Le porc fermier Label Rouge représente 2 900 porcs produits chaque année.

Pour les Fermiers d’Argoat, le porc fermier Label Rouge regroupe 20 éleveurs, 1/3 sont des naisseurs-engraisseurs et les 2/3 des post sevreurs-engraisseurs. Le Gaec de Coet Nouzic est post-sevreur-engraisseur.

« Les cochons arrivent à 4 semaines d’âge. Ils vont dans des cases spécifiques à 58-59 animaux par case pour qu’ils aient 0,4 m2/porc ce qui est supérieur aux exigences du cahier des charges. Trois semaines plus tard, je réalise un desserrage pour qu’ils passent à 0,8 m2/porc. L’objectif est d’atteindre 2,6 m2/porc à 17 semaines d’âge. Les porcs restent en PS jusqu’à 13-14 semaines ; jusqu’à cet âge ils ont de l’aliment à volonté. Nous travaillons avec un aliment composé de beaucoup d’orge, du tournesol avec coque entière. Le but est de rassasier les cochons en diminuant l’énergie et en augmentant le volume par la présence de fibre. Après 14 semaines, les porcs sont rationnés car ils doivent atteindre au minimum 182 jours d’âge avant l’abattage pour respecter le cahier des charges. Ils sont destinés à la viande et la charcuterie fraîches recherchées pour les étals de bouchers-charcutiers qui ont besoin d’un cochon ni trop lourd ni trop gras.

« Lors du premier départ, les cochons ne doivent pas dépasser 110 kg de carcasse sinon ils sont déclassés pour aller en conventionnel. Les consommateurs n’aiment pas les côtes de porc trop grosses. » Les éleveurs utilisent une lignée mâle Duroc pour avoir une viande plus persillée.

« Aux Fermiers d’Argoat, nous travaillons pour obtenir une viande d’une qualité supérieure pour nous démarquer du produit standard. Les associés du Gaec de Coet Nouzic conservent leurs céréales pour fabriquer l’aliment nécessaire à l’engraissement des porcs fermiers Label Rouge.

« Nous conservons du blé, de l’orge et aussi des protéagineux : féverole et pois. Nous fabriquons 900 tonnes d’aliment chaque année pour les porcs. Nous avons un aliment 1er âge, un 2e âge, un croissance et 2 finitions. Le dernier aliment finition est plus riche en fibres pour optimiser le rationnement et ne pas dépasser le poids de 110 kg à l’abattage.

En production de porc fermier Label Rouge, l’éleveur est payé sur la base du prix du Marché du Porc Français avec des plus-values en fonction du classement sur le poids, le gras, le taux de muscle et le pH de la viande.

INGREDIENT SECRET POUR ACCELERER LA CROISSANCE DES PORCS

« Nous arrivons à atteindre une bonne plus-value sur notre élevage car nous effectuons un bon tri en fonction des poids pour organiser les départs », indique l’éleveur.

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