Dysphagie : Comprendre les causes et les solutions pour les troubles de la déglutition

La dysphagie, ou trouble de la déglutition, se caractérise par des difficultés à avaler certains aliments et boissons. Vous avez peut-être déjà ressenti cette sensation d’une boule coincée dans la gorge, un blocage en tentant d’avaler ? Pour les personnes atteintes de dysphagie, cette expérience est quotidienne et peut entraîner des fausses routes graves.

La dysphagie se définie par une gêne ou un blocage ressenti lors du trajet d’un aliment ou d’une boisson depuis la bouche jusqu’à l’estomac. La dysphagie est une sensation de gêne ou d’obstacle à la progression des aliments au cours de la déglutition, pouvant survenir par intermittence. Elle peut survenir à tous les âges de la vie, dans la petite enfance comme chez les personnes très âgées.

Les jeunes enfants et les personnes qui ont des difficultés à communiquer ou des troubles cognitifs n’expriment pas toujours de façon précise ou ne ressentent pas forcément de façon typique leurs difficultés à avaler.

Dans cet article, nous allons explorer en détail les causes possibles de la dysphagie, les symptômes à surveiller, les méthodes de diagnostic et les options de traitement disponibles. Comprendre ces aspects est essentiel pour une prise en charge efficace et pour améliorer la qualité de vie des personnes touchées par ce trouble.

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Le processus de déglutition : un mécanisme complexe

Déglutir est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Cela suppose des actions volontaires et involontaires reposant sur des muscles striés et des muscles lisses, parfaitement coordonnés entre eux et aussi avec les muscles respiratoires.

La déglutition se prépare dès que les aliments pénètrent dans la bouche. Ils sont d’abord transformés par la mastication et l’insalivation pour aboutir à un bol homogène. Puis, dès que le bol arrive sur la partie postérieure de la langue et passe l’isthme du gosier, le réflexe de déglutition est activé.

Trois étapes sont nécessaires pour acheminer jusqu’à l’estomac un simple morceau de pain :

  • Dans la bouche : des mouvements volontaires des muscles de la mâchoire et de la langue notamment permettent de mastiquer le pain, de le mélanger à la salive et de le propulser vers la gorge (pharynx).
  • Dans la gorge : des muscles lisses déplacent, de façon reflexe, le « bol alimentaire » (dans ce cas le pain mâché et enrobé de salive) du pharynx vers l’œsophage, avec fermeture temporaire des voies aériennes pour les protéger.
  • Dans l’œsophage : des mouvements involontaires des muscles lisses de l’œsophage font progresser le bol alimentaire jusqu’à l’estomac.

L’origine d’une dysphagie peut se situer à chacune de ces trois étapes.

Phases de la déglutition. Source: www.sphere-nutrition.be

Les causes possibles de la dysphagie

La dysphagie peut avoir plusieurs causes. C’est la raison pour laquelle elle peut être traitée par un oto-rhino-laryngologiste (ORL), un gastro-entérologue ou un neurologue.

La liste des maladies du pharynx et du larynx bénignes ou malignes provoquant une dysphagie est longue, au rang desquelles la pharyngite, l’angine, un diverticule de Zenker au niveau de la jonction entre le pharynx et l’œsophage (souvent associé à des régurgitations alimentaires) mais aussi des cancers oropharyngés ou des maladies neuromusculaires (séquelles d’accident vasculaire cérébral, myopathies, sclérose en plaques, etc.).

Les maladies de l’œsophage sont, elles aussi, nombreuses à provoquer une dysphagie. Ce peut être un rétrécissement (sténose) du conduit œsophagien créant un obstacle mécanique telle une tumeur (principalement des cancers épidermoïdes ou adénocarcinomes), une sténose peptique induite par un reflux gastro-œsophagien (RGO), une inflammation de l’œsophage chronique d’origine allergique et dysimmunitaire (œsophagite à éosinophiles).

Une dysphagie est aussi parfois liée à un trouble moteur de l’œsophage comme une achalasie, par exemple. Cette dernière est un trouble fonctionnel touchant le sphincter inférieur de l’œsophage, caractérisé par un défaut de relâchement à l’arrivée des aliments et l’absence de contractions musculaires de l’œsophage (péristaltisme).

Parmi les causes possibles, on retrouve :

  • Des infections comme l’angine et la pharyngite, sources de dysphagie temporaire.
  • Les conséquences d’un traitement local (radiothérapie du cou, chirurgie…), d’une intubation ou d’un médicament (antihistaminique, anticholinergique, neuroleptique…).
  • Un cancer de l’œsophage ou ORL (bouche, gorge…) avec dans ce cas une dysphagie qui s’aggrave de façon progressive parfois, associée à une douleur de l’oreille et/ou une modification de la voix.
  • Un accident vasculaire cérébral.
  • Une maladie de Parkinson ou d’Alzheimer.
  • Un reflux gastro-œsophagien, une œsophagite.
  • Un syndrome de Sjögren, aussi appelé « syndrome sec » car il se manifeste notamment par une sécheresse de la bouche et des yeux.
  • Des spasmes de l’œsophage, une achalasie (pas de contraction des muscles de l’œsophage ni de relâchement de son sphincter inférieur).
  • Une maladie neuromusculaire comme la myasthénie auto-immune, la dystrophie musculaire oculo-pharyngée, la myopathie oculo-pharyngo-distale, la myosite à inclusions, la sclérose en plaques, le syndrome de Guillain-Barré ou encore la sclérose latérale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot) dont la forme dite « bulbaire » débute par des troubles de la déglutition et de l’élocution.

Les différents types de dysphagie

Il existe principalement deux types de dysphagie, chacun ayant des causes et des manifestations spécifiques :

  • Dysphagie oropharyngée : Elle se manifeste par une difficulté à initier la déglutition puis à propulser les aliments dans l’œsophage. La dysphagie oropharyngée est le plus souvent liée à des problèmes de coordination des muscles impliqués dans la dénutrition.
  • Dysphagie œsophagienne : Elle constitue plutôt une gêne à la progression des aliments dans la région sternale. La dysphagie œsophagienne peut, quant à elle, être consécutive à un cancer de l’œsophage, à des troubles moteurs de l’œsophage de type spasme, à des reflux gastro-œsophagiens chroniques ou encore à des infections fongiques (candidose), virales ou bactériennes.

Symptômes et complications de la dysphagie

En général, le premier symptôme d’une dysphagie est une sensation de blocage des aliments plus ou moins haut située : au niveau du cou ou au niveau du thorax.

La dysphagie entraîne souvent une diminution de la prise alimentaire, car avaler devient inconfortable, voire douloureux. Cela peut entraîner des carences nutritionnelles ainsi qu’une perte de poids involontaire, susceptible d’affaiblir l’organisme et d’exacerber d’autres problèmes de santé.

Enfin, il est aussi important de porter attention à d’autres signes d’alerte qui peuvent témoigner d’une dysphagie devenue chronique, tels que la dénutrition, la perte de poids involontaire, la déshydratation, ou encore une anxiété à l’approche des repas, un désintérêt pour l’alimentation voire même un refus de s’alimenter.

Les personnes atteintes de dysphagie peuvent développer des troubles anxieux liés à la peur de s’étouffer ou d’avoir du mal à avaler correctement.

Une complication majeure de la dysphagie est la fausse route des aliments, des liquides ou de la salive dans les voies respiratoires (au lieu d’aller dans l’œsophage). La fausse route peut provoquer des infections pulmonaires graves, telles que la pneumonie par aspiration. Cette dernière survient lorsque des particules alimentaires ou des liquides atteignent les poumons, créant un environnement propice aux infections.

La dysphagie retentit habituellement sur l’état général et peut être à l’origine d’un amaigrissement important en raison des difficultés d’alimentation qu’elle engendre. Elle peut aussi être associée à des complications respiratoires (pneumopathies d’inhalation) en cas de fausse route, ou lorsque du liquide ou des aliments stagnent dans l’œsophage.

Faire une fausse route, c’est avaler « de travers » : l’aliment ou le liquide passe dans les voies respiratoires au lieu d’aller dans l’œsophage, ce qui peut provoquer des bronchites ou des infections des poumons à répétition ou encore entrainer un étouffement.

La fausse route se manifeste généralement par une toux pendant ou après déglutition. La personne a avalé de travers, on a l’impression qu’elle s’étrangle. Pourtant la fausse route peut aussi être silencieuse.

Attention ! Une fausse route peut aussi avoir lieu de manière silencieuse, en absence de toux. A l’inverse, une toux ne signifie pas forcément qu’une fausse route a eu lieu.

La dysphagie augmente en effet le risque d’étouffement, car les aliments peuvent se coincer dans les voies respiratoires. Le danger ? Une prise alimentaire altérée, un risque d’étouffement, mais aussi des complications sévères comme la pneumopathie d’inhalation.

Si les fausses routes sont régulières, voire quotidiennes, on parle de « trouble de la déglutition » : la dysphagie.

Ces troubles de la nutrition consécutifs à la dysphagie peuvent donc eux-mêmes augmenter le risque de problèmes de déglutition : on parle ainsi, en particulier chez la personne âgée, du cercle vicieux de la dysphagie :

Cercle vicieux de la dysphagie chez la personne âgée (d’après Chen et coll.)

Quand consulter un professionnel de santé ?

En cas de difficulté à avaler, il est important de consulter un professionnel de santé lorsque les symptômes persistent ou s’aggravent. Les différents signes qui peuvent inciter à consulter sont une toux ou des étouffements récurrents, une douleur persistante au moment d’avaler des aliments ou des liquides, des régurgitations fréquentes ou encore une modification de la voix après avoir mangé.

Faut-il consulter ? Si la difficulté à avaler est apparue de façon brutale, une consultation en urgence s’impose car il peut s’agir d’un aliment bloqué ou d’un corps étranger (bille, pile bouton…). Il faut appeler le Samu (15) si la personne s’étouffe. En dehors de cette situation, il faut prendre rendez-vous avec son médecin généraliste pour toute dysphagie persistante.

Diagnostic de la dysphagie

Le diagnostic d’une dysphagie nécessite donc le plus souvent une collaboration pluridisciplinaire (médecin généraliste, orthophoniste, gastroentérologue, neurologue, ORL).

Pour rechercher la ou les causes de la dysphagie, le médecin pose des questions sur les symptômes et effectue un premier examen physique de base. La première étape du diagnostic consiste en un interrogatoire soigné (anamnèse) visant à décrire les différents symptômes, les contextes de leur apparition et leur évolution dans le temps. Un examen de la cavité buccale et de la gorge permet la vérification de la coordination des mouvements musculaires impliqués dans la déglutition.

En cas de dysphagie haute, un examen ORL ("laryngoscopie", "nasofibroscopie") s’impose afin de vérifier d’éventuelles anomalies des amygdales, et du pharynx. Il est malgré tout possible de ressentir un blocage cervical alors même que la dysphagie est œsophagienne. C’est la raison pour laquelle une endoscopie digestive haute ou œso-gastro-duodénale doit être systématique.

Au moyen d’un tube souple équipé d’une caméra et d’un éclairage (endoscope) introduit par la bouche, elle explore l’état de la muqueuse, constatant la présence ou non d’une sténose de l’œsophage. L’endoscopie digestive haute est indispensable au diagnostic d’une dysphagie. Si elle se révèle normale, des examens plus spécialisés seront proposés comme la manométrie œsophagienne. Pour sa part, une écho-endoscopie permet d’observer plus finement l’épaisseur de la paroi de l’œsophage en cas de tumeur apparemment superficielle.

La vidéofluoroscopie est l’un des examens les plus couramment utilisés pour évaluer la dysphagie. Le patient avale un liquide contenant du baryum, et des radiographies en temps réel sont prises pour suivre le trajet des aliments dans la bouche, la gorge et l’œsophage.

Les spécialistes à consulter

Plusieurs spécialistes peuvent être consultés en fonction de la nature et de la localisation de la dysphagie :

  • Médecin généraliste : Il est souvent le premier point de contact.
  • ORL (oto-rhino-laryngologiste) : Spécialiste des troubles de la gorge, de la bouche, du pharynx et du larynx, un ORL est souvent indiqué si la dysphagie semble liée à un problème dans la gorge ou le pharynx (dysphagie oropharyngée).
  • Gastro-entérologue : Si la dysphagie est liée à des problèmes de l’œsophage (dysphagie œsophagienne), comme le reflux gastro-œsophagien, une sténose ou une tumeur œsophagienne, un gastro-entérologue est le spécialiste à consulter.
  • Neurologue : Si la dysphagie est due à un trouble neurologique (comme un AVC, la maladie de Parkinson, ou la sclérose en plaques), un neurologue peut être indiqué.
  • Diététicien ou nutritionniste : Il peut également être consulté si la dysphagie affecte l’alimentation et entraîne une perte de poids ou des carences nutritionnelles.
  • Orthophoniste : Spécialisé dans les troubles de la déglutition, il peut jouer un rôle clé dans la prise en charge de la dysphagie, surtout lorsqu’elle est liée à des troubles neurologiques ou musculaires.

Prise en charge et traitements

Consulter sans trop tarder, c’est important afin d’éviter de subir de trop lourdes conséquences de la dysphagie et pour bénéficier au plus vite d’un traitement efficace.

En effet, le traitement diffère selon le type de dysphagie et selon les individus. Lorsqu’une sténose est présente, le gastro-entérologue peut la dilater au cours d’une endoscopie digestive au moyen de ballonnets ou de bougies.

Les médicaments qui réduisent la sécrétion acide de l’estomac peuvent être utiles en cas de sténoses peptiques liées à un reflux gastro-œsophagien (RGO).

Dans certains cas, les blocages ne surviennent que pour les solides, obligeant les personnes à couper les aliments en petits morceaux ou à les mixer, voire à ne plus s’alimenter qu’au moyen de liquides.

Enfin, l’adaptation des textures des aliments et des liquides peut aussi s’avérer nécessaire, en fonction de la gravité de la dysphagie.

Dans toutes ces situations, une bonne installation de la personne malade lors du repas est essentielle pour faciliter la déglutition. La personne ne doit pas manger allongée : le buste doit être relevé, en position assise.

Il faut manger dans le calme, sans parler ou être sollicité, ni regarder la télévision.

ON ÉVITE ON PRIVILÉGIE
Les plats chauds et boissons froides, chaudes ou pétillantes. Les plats tièdes ou boissons tempérées.
Donner des claques dans le dos Pratiquer la Manœuvre de Heimlich si les claques dans le dos ne suffisent pas. Si votre proche continue à avoir du mal à respirer, il est indispensable d’appeler le SAMU (le 15).

Si les troubles de déglutition sont trop importants, on pourra adapter la texture des repas (mixé, haché…), par exemple grâce à ce masticateur pour viande.

Si votre proche continue à avoir du mal à respirer, il est indispensable d’appeler le SAMU (le 15). En cas de fausses routes répétées, il vous faudra consulter un médecin généraliste. Il sera en mesure de diagnostiquer l’origine du problème et de prescrire les éventuels moyens à mettre en œuvre pour en réduire le risque.

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