À la question de savoir si l’acupuncture fonctionne, de manière générale, les patients et les praticiens répondent oui, alors que les chercheurs répondent non. Le lecteur de cet article pense peut-être que l’acupuncture ne fonctionne pas, et en tout cas s’attend à lire ici qu’elle ne fonctionne pas.
L’acupuncture est pratiquée en Chine depuis l'Antiquité. Son principe : l'énergie Qi circulerait le long de 26 méridiens dans le corps. Pour soigner certains symptômes ou maladies, l’acupuncteur régule sa circulation en disposant de fines aiguilles sur ces méridiens.
Schéma des points d'acupuncture
Cette thérapeutique non conventionnelle a fait depuis peu son entrée à l’hôpital par la grande porte, où elle est testée dans des centres hospitaliers parisiens en particulier.
L’acupuncture peut être qualifiée de médecine générale, que les troubles soient organiques, psychiques ou fonctionnels (lorsque les organes vont bien mais ne fonctionnent pas correctement).
Dr Gil Berger, médecin acupuncteur (Paris) : « L’acupuncture peut améliorer les symptômes, en complément de la médecine allopathique (au moyen des médicaments) lorsque le trouble est important (forte anxiété, chimiothérapie anticancéreuse etc.), résume.
Les pathologies pour lesquelles l’acupuncture est la plus souvent pratiquée sont les douleurs chroniques (lombalgie, arthrose, névralgie, fibromyalgie, mal de tête, etc.), l’anxiété, la dépression ou l’insomnie chronique, les troubles liés à la grossesse (nausées, lombalgies et sciatique, éversion fœtale, etc.) et les addictions (au tabac, à l’alcool ou aux drogues ou substances psychoactives).
Cette énumération liste les indications thérapeutiques variées proposées par les acupuncteurs* et provient du rapport paru en 2014 rédigé par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur l'acupuncture, lequel souligne que « la plupart des résultats des essais publiés ne s’appuient pas sur des protocoles suffisamment rigoureux pour pouvoir conclure à l’efficacité de l’acupuncture ».
Précédemment, l’Académie nationale de médecine, dans son rapport de mars 2013**, estimait pour sa part que l'acupuncture pouvait apporter un bénéfice aux patients souffrant de lombalgie ou cervicalgie chronique, de migraine ou céphalée de tension, d'arthrose des membres inférieurs, ou encore d'épicondylite (lésions des tendons des muscles de l'avant-bras).
Les douleurs lombaires, du bassin et de l’accouchement peuvent être soulagées chez les femmes enceintes par l’acupuncture.
Dans les domaines des addictions (sevrage tabagiques, troubles du comportement alimentaire, perte de poids etc.) l’acupuncture peut participer au traitement, en complément d’une psychothérapie, d’un suivi par un nutritionniste etc.
L’acupuncture est une thérapeutique complémentaire. Elle soigne donc un problème d’ordre médical. Son objectif n’est pas d’offrir un moment de relaxation.
L’acupuncture est de plus en plus reconnue pour ses bienfaits sur le bien-être général, notamment en matière de gestion du poids et de régulation de l’appétit. Mais comment cette médecine traditionnelle chinoise peut-elle influencer notre sensation de faim et de satiété ? Des études scientifiques récentes montrent que l’acupuncture pourrait jouer un rôle clé dans la régulation hormonale et émotionnelle liée à l’appétit.
L’appétit est principalement régulé par deux hormones :
Une étude publiée dans Obesity Reviews a révélé que l’acupuncture pouvait influencer la production de ces hormones, en réduisant le taux de ghréline et en augmentant celui de leptine. Cela permettrait ainsi de mieux contrôler l’envie de manger et de prolonger la sensation de satiété.
Le stress est un facteur clé des comportements alimentaires déséquilibrés. Il entraîne une augmentation du cortisol, une hormone qui favorise les envies de sucre et de nourriture riche en calories. L’acupuncture est reconnue pour son effet relaxant : une méta-analyse publiée dans Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine montre qu’elle réduit significativement le stress et l’anxiété, diminuant ainsi les comportements alimentaires compulsifs.
Une mauvaise digestion peut entraîner des fringales et un métabolisme ralenti. L’acupuncture stimule des points spécifiques pour améliorer la fonction digestive et favoriser une meilleure absorption des nutriments. Une étude de 2018 parue dans The Journal of Traditional Chinese Medicine a montré que l’acupuncture pouvait améliorer la motilité gastrique et l’équilibre des sucs digestifs, réduisant ainsi les sensations de ballonnements et de faim excessive.
L’acupuncture agit sur le système dopaminergique, qui régule les comportements de récompense liés à l’alimentation. Une étude menée par l’université de Kyung Hee en Corée du Sud a démontré que les personnes ayant reçu des séances d’acupuncture avaient une diminution de leur appétence pour les aliments sucrés et gras.
Plusieurs études viennent étayer l'efficacité de l'acupuncture dans la régulation de l'appétit et le traitement des troubles alimentaires. Voici quelques exemples:
En effet, comme le précise d’ailleurs le ministère de la santé sur son site internet, l’acupuncture, au même titre d’ailleurs que les pratiques de soins dites non conventionnelles, « ne sont ni reconnues, sur le plan scientifique, par la médecine conventionnelle, ni enseignées au cours de la formation initiale des professionnels de santé ».
Ce qui ne signifie pas que la discipline n’a pas fait l’objet d’études scientifiques. Le ministère rappelle ainsi que « l’acupuncture étant largement pratiquée en France et dans le monde, elle a fait l’objet de plusieurs milliers d’essais cliniques pour un grand nombre d’indications ».
Mais, il y a un… “mais” : « la plupart des résultats des essais publiés ne s’appuient pas sur des protocoles suffisamment rigoureux pour pouvoir conclure à l’efficacité de l’acupuncture ».
À titre d’exemple, considérons l’utilisation de l’acupuncture contre les douleurs lombaires chroniques. Beaucoup d’études ont été menées et elles sont assez représentatives de ce qui se fait en termes de recherche en acupuncture (du moins en ce qui concerne la gestion de la douleur, qui est de très loin la principale utilisation de l’acupuncture).
Cochrane a procédé en 2020 à une analyse de la littérature scientifique relative à l’efficacité de l’acupuncture contre les douleurs lombaires chroniques [2]. Ont été retenues 33 études portant sur 8 270 patients.
On peut cependant émettre une première réserve : le « niveau de confiance » (qui évalue le degré de certitude des données compilées) n’est pas très élevé. Et c’est en réalité le cas pour toutes les méta-analyses Cochrane portant sur l’acupuncture.
Par ailleurs, des faiblesses dans la réalisation des revues de Cochrane sur l’acupuncture sont parfois montrées du doigt. C’est notamment le cas de deux faiblesses critiques : la mauvaise prise en compte du biais de publication (les résultats négatifs, c’est-à-dire ceux qui ne montrent pas d’efficacité, ont tendance à être moins publiés) et celle des conflits d’intérêt (beaucoup des études prises en compte ont été réalisées par des partisans de l’acupuncture) [4].
Mais revenons à la méta-analyse sur les douleurs lombaires chroniques. Une lecture rapide pourrait laisser croire que l’acupuncture est efficace. Mais dans la conclusion, les auteurs notent en fait ceci : « Nous avons constaté que l’acupuncture pourrait ne pas jouer un rôle plus significatif sur le plan clinique que l’acupuncture fictive […].
Comment réaliser un placebo en acupuncture ? Il est évidemment plus simple de créer un placebo avec un médicament : il suffit d’utiliser un comprimé ou une poche d’intraveineuse ne contenant pas le principe actif que l’on veut tester.
Trois méthodes peuvent être utilisées pour simuler l’acupuncture. Les deux premières consistent à planter les aiguilles de façon très superficielle, ou à les planter en dehors des points traditionnels (ou une combinaison des deux approches).
La troisième méthode, plus récente, consiste à utiliser un dispositif composé d’un petit tube collé sur la peau dans lequel on vient loger soit une vraie aiguille, soit une aiguille télescopique qui ne se plante pas du tout dans la peau. C’est cette dernière méthode qui est la plus intéressante, puisqu’elle permet de ne pas planter d’aiguilles.
Deux conclusions opposées peuvent alors être tirées : soit l’acupuncture n’est pas efficace car elle ne fait pas mieux qu’un placebo, soit l’acupuncture est efficace car elle fait mieux que « ne rien faire ». En fait, tout dépend du référentiel dans lequel on se place.
La première étude évaluant l’acupuncture contre les douleurs lombaires chroniques comparée à l’acupuncture placebo (ici, en plantant de façon superficielle et en dehors des points) a été publiée en 2007 [5]. Elle portait sur 1 162 patients répartis en trois groupes : un groupe d’acupuncture vraie (dite « verum »), un groupe d’acupuncture simulée (placebo), et un groupe recevant le traitement classique (antidouleurs, kinésithérapie et exercice physique).
Résultats : après six mois, 27,4 % des patients du groupe de traitement classique ont eu une amélioration notable de leurs douleurs, contre 44,2 % des patients du groupe placebo et 47,6 % du groupe verum.
En 2009, une autre étude portant sur 638 patients a montré des résultats similaires [6], mais cette fois-ci, l’acupuncture simulée s’est faite sans planter d’aiguilles, et il y avait deux groupes d’acupuncture vraie : un groupe où le traitement est individualisé (on laisse le choix des modalités de traitement de chaque patient à l’appréciation de l’acupuncteur) et un groupe où il est standardisé (avec un protocole commun à tous les patients qui est défini à l’avance).
Cette étude montre à nouveau que l’acupuncture simulée est aussi efficace que l’acupuncture vraie, et donc que planter les aiguilles n’apporte rien. Mais si l’acupuncture vraie ne fait pas réellement mieux que l’acupuncture placebo, elle fait tout de même mieux que rien du tout.
Comment expliquer précisément cela ? La question n’est pas anodine : en comprenant mieux comment la séance permet d’améliorer les douleurs du patient, il devient possible de l’optimiser, et donc d’obtenir une meilleure efficacité.
En 2008, une étude a été publiée pour évaluer les composantes de l’effet placebo en acupuncture [7]. Cette étude ne s’intéressait plus aux douleurs lombaires mais au syndrome de l’intestin irritable. Elle comparait trois groupes de patients dont aucun n’a bénéficié de vraies séances d’acupuncture. Deux groupes ont été « traités » sans que les aiguilles ne soient plantées et le troisième n’a reçu aucun traitement.
Rappelons que dans cette étude, aucune aiguille n’a été plantée. L’objectif n’était pas d’étudier l’effet des aiguilles, mais de de toutes les autres caractéristiques de l’accompagnement. Cette étude montre que dans une séance d’acupuncture, une grande partie de l’efficacité repose sur la séance elle-même, et non pas sur l’utilisation des aiguilles.
Dans les autres indications où l’acupuncture semble plus efficace qu’une absence de traitement, la conclusion reste à peu près la même : l’acupuncture vraie ne fait en général pas mieux que l’acupuncture simulée.
Mais dans certaines études, l’acupuncture vraie semble faire un peu mieux que l’acupuncture placebo. Peut-être que le fait de planter les aiguilles (dans ou en dehors des points) a un petit effet, même faible en comparaison du reste des effets expliqués précédemment.
Une conclusion générale s’impose : apprendre les points et leur rôle et individualiser le traitement de chaque patient n’a apparemment aucun intérêt. Si l’on peut avoir la même efficacité en piquant n’importe où, alors la quasi-intégralité de ce que l’acupuncture théorise (les méridiens, les points d’acupuncture, etc.) peut être complètement abandonné.
Par ailleurs, un traitement dont l’efficacité ne repose que sur l’effet placebo a-t-il un intérêt ? En fait, oui. Cela signifie qu’on peut réduire des douleurs rien qu’en jouant sur cet effet.
Revenons à la question initiale. Les patients disent que l’acupuncture fonctionne parce qu’elle fait mieux que l’absence de traitement, les chercheurs disent qu’elle ne fonctionne pas parce qu’elle ne fait pas mieux qu’un placebo. Les deux ont raison, en quelque sorte.
L’objectif du patient, ici, est d’avoir moins mal. Que ce soit par un effet propre du traitement ou par un effet placebo, peu lui importe. L’objectif du chercheur, quant à lui, est de déterminer ce qui est efficace et ce qui ne l’est pas. Une placebo-thérapie peut avoir une certaine efficacité, mais n’a pas d’effet propre. Or on peut très bien imaginer un traitement qui aurait un effet propre en plus de cet effet placebo, et serait donc plus intéressant.
L’acupuncteur pique au niveau des méridiens, d’où son nom latin acupunctura, de acus (aiguille) et punctura (piqûre). Le système des méridiens n’est pas mature avant l’âge de six ans.
Les aiguilles sont en inox, stériles et à usage unique pour prévenir tout risque d’infection. Elles sont indolores car leur diamètre est celui d’un gros cheveu (0,20 à 0,25 mm). Elles sont laissées en place pendant quelques minutes à plus de 30 minutes. Éventuellement, le praticien peut effectuer un léger mouvement de rotation pour potentialiser l’effet.
En remplacement des aiguilles, il peut utiliser des Moxa (armoise en poudre) afin de chauffer les points d’acupuncture.
Dr Gil Berger : « Neuf patients sur dix qui suivent des séances d’acupuncture y croient. Malheureusement, cela ne fonctionne pas à chaque fois, y compris chez les convaincus. A l’inverse, des sceptiques reconnaissent l’amélioration de leurs troubles ou symptômes grâce à l’acupuncture. En Chine et en France, elle est pratiquée sur des animaux (chevaux, chiens), dont on ne peut présumer de leur parti-pris ! L'aspect émotionnel entre en ligne de compte dans l’appréciation du soulagement car l’acupuncture ne dissocie pas l'esprit du corps.
L’acte d’acupuncture est considéré par la jurisprudence comme un acte médical. En conséquence, seuls les membres des professions médicales peuvent le pratiquer : médecins, chirurgiens-dentistes pour les actes en lien avec la chirurgie dentaire et sages-femmes pour les actes en lien avec l’obstétrique.
Les médecins sont formés grâce à deux formations nationales reconnues par le Conseil de l'Ordre des Médecins : le Diplôme inter-universitaire d'initiation à l'acupuncture médicale et la capacité médicale d'acupuncture. L'Association Française d'Acupuncture répertorie les médecins diplômés (acupuncture-France.com).
Les personnes n’appartenant pas au corps médical et pratiquant l’acupuncture peuvent être poursuivies pour exercice illégal de la médecine.
Illustration à partir de cette méta-analyse américaine de 2022, ayant compilé les résultats de 22 études et de 17 autres méta-analyses sur l’intérêt de l’acupuncture dans la prise en charge de la douleur aiguë aux urgences. Comme ils le soulignent en conclusion : « la majorité des revues ont conclu que l’acupuncture était une stratégie efficace contre la douleur aiguë, avec le potentiel d’éviter ou de réduire la dépendance aux opioïdes ».
Et d’ajouter : « de futurs essais multicentriques sont nécessaires pour clarifier la posologie et la généralisation de l’acupuncture pour la douleur aiguë aux urgences ».
Pour le ministère français de la santé : « seuls les effets bénéfiques sur certaines douleurs chroniques, sur les nausées ou les vomissements ont pu être mesurés avec suffisamment de certitude ».
Certaines personnes ne parviennent pas à se défaire d’une addiction à la consommation d’opioïdes. Selon les conclusions d’une récente étude publiée le 9 juillet dans les Annals of Internal Medicine, l’acupuncture pourrait apporter une solution. Cette étude a été menée par de chercheurs de l’Université de médecine chinoise de Guangzhou en Chine auprès de patients d’au moins 65 ans maximum qui souffraient de troubles liés à l’usage d’opioïdes. Tous utilisaient de la méthadone depuis au moins six semaines. Grâce à cette comparaison, les scientifiques ont constaté que les patients avaient réduit leur dose de méthadone de 20 % ou plus avec l’acupuncture après huit semaines (62 % contre 29 %).
Acupuncture et réduction de la consommation d'opioïdes
| Aspect | Effet de l'acupuncture | Études de référence |
|---|---|---|
| Hormones de la faim (Ghréline) | Réduction | Obesity Reviews |
| Hormones de la satiété (Leptine) | Augmentation | Obesity Reviews |
| Stress et anxiété | Diminution | Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine |
| Digestion et métabolisme | Amélioration | The Journal of Traditional Chinese Medicine (2018) |
| Envies de sucre et d'aliments gras | Réduction | Université de Kyung Hee (Corée du Sud) |
| Apport calorique quotidien | Réduction de 12% | The American Journal of Chinese Medicine |
| Fringales | Diminution chez 82% des patients | Acupuncture in Medicine |
| Perte de poids (combinée à un régime) | 30% plus efficace que le régime seul | Méta-analyse 2021 |
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