L'industrie porcine en Chine est en constante évolution, confrontée à des défis sanitaires majeurs tels que la peste porcine africaine (PPA) et à des pressions économiques croissantes. Cet article explore les processus d'abattage, les réglementations en vigueur, les innovations technologiques et les stratégies mises en place pour faire face à ces enjeux.
Le "Règlement sur l'administration de l'abattage des porcs" est entré en vigueur le 1er août. Ce règlement prévoit une inspection renforcée des porcs entrant dans les ateliers, la révision des certificats de quarantaine et l'établissement de rapports pour la traçabilité des maladies. Les nouvelles réglementations portent sur l'abattage, le contrôle des maladies et les conséquences juridiques en cas de non-conformité.
Le leader allemand de l’abattage, Tönnies, s’est associé au groupe chinois Dekon pour construire un abattoir dans la province du Sichuan. Cet outil a une capacité d’abattage de 5 000 porcs/jour et a démarré son activité en octobre 2024. Avec cet abattoir, Tönnies s’implante sur le premier marché mondial porcin, internationalisant ses outils industriels dans les principaux bassins de consommation du porc. Le leader allemand s’exonère dans le même temps des potentielles barrières à l’exportation depuis l’Europe comme les contraintes sanitaires et commerciales.
Rappelons qu’à l’été 2024, Tönnies avait signé un accord pour racheter l’abattoir de Vion implanté à Crailsheim, en Bavière, d’une capacité de 21 000 porcs/jour. Le groupe Tönnies représente 16,5 millions de porcs abattus dans l’UE en 2023 dont les ¾ sur ses sites allemands et le reste au Danemark.
26 étages, 650 000 animaux : la plus grande ferme verticale de porcs au monde a récemment été mise en service en Chine, à proximité de Wuhan. Certains y voient un projet d’avenir. Si les projets de ferme urbaines verticales, installées au cœur de la ville, se multiplient ces dernières années, l’installation récemment implantée en Chine impressionne par ses dimensions.
La ferme porcine de 26 étages est comme la « suite logique » de cette course à la rentabilité, le prolongement vertical d’un modèle de fermes-usines d’abord horizontal. Ce modèle, qui accumule tous les aspects de l’élevage, de la gestation à l’abattage, répond d’abord à un objectif affiché de rentabilité : tout concentrer en un même endroit devrait permettre de produire beaucoup plus efficacement, grâce aux économies d’échelle.
Mais c’est précisément cet objectif - lequel pousse à entasser toujours plus d’animaux dans un espace toujours plus limité - qui est justement en cause dans nombre de critiques de l’élevage intensif. Pour répondre à cet impératif, les bêtes sont parquées dans des boxes où elles s’entassent les unes sur les autres. Les blessures occasionnées sont nombreuses, de même que les manifestations de détresse psychique.
« Les porcs n’ont dans les fermes modernes d’élevage intensif rien d’autre à faire que manger, dormir, se mettre debout et se coucher. Ils n’ont généralement ni paille ni autre litière, parce que cela compliquerait la tâche du nettoyage.
Considérée comme l’épizootie la plus grave de l’histoire récente, au mois de juillet 2022 la PPA avait été signalée dans 74 pays à travers le monde. En Asie, aucun cas de PPA n’avait été signalé avant août 2018. L’épidémie s’est maintenant étendue à 16 pays asiatiques malgré l’abattage de millions de porcs par les autorités nationales.
Pour limiter la propagation de la maladie, la Chine a publié des directives sur la prévention et la lutte contre la PPA, déclarant qu’elle allait « promouvoir l’élevage porcin à grande échelle et réduire le nombre de petites exploitations porcines comme moyens de prévenir et de lutter contre les épidémies de PPA ». Le gouvernement a ensuite publié une déclaration insistant sur le fait qu’il accorderait des subventions à la production aux élevages porcins à grande échelle dans les zones fortement touchées par la maladie.
Les données recueillies au cours des quatre dernières années montrent cependant que la construction d’élevages porcins plus grands et plus centralisés n’a pas arrêté le virus. Au contraire, cette approche pourrait faciliter la propagation de la PPA et nuire gravement aux moyens de subsistance des populations rurales en Chine.
Les statistiques montrent que la Chine comptait 21 millions d’élevages porcins en 2020, ce qui représente une baisse massive par rapport aux 105 millions d’élevages porcins qui existaient dans le pays il y a vingt ans. Ce déclin a été amorcé par des mesures environnementales qui ont conduit à l’élimination de millions de petites exploitations porcines qui n’étaient pas en mesure de s’y conformer. Aujourd’hui, en raison des politiques gouvernementales en matière de PPA, la centralisation et l’industrialisation du secteur porcin se sont accrues.
Les éleveurs et éleveuses de porcs peuvent soumettre une demande de reconnaissance de conformité à un ensemble de normes de biosécurité émises par le ministère de l’Agriculture et des Affaires rurales. Cependant, en raison de critères d’évaluation rigoureux, les exploitations sélectionnées n’appartiennent qu’à de grandes entreprises. Ce mécanisme est même utilisé comme outil institutionnel pour s’attaquer aux petits élevages de porcs. Depuis son lancement en février 2021, 166 labels de zones exemptes de PPA ont été accordés à de grandes entreprises.
La mise en place de zones exemptes de PPA fait désormais partie du programme d’incitation à la performance politique du gouvernement, un moyen pour les autorités locales de pouvoir se prévaloir de remplir leurs fonctions et services. Dans le cadre de ce dispositif, les autorités provinciales et locales sont encouragées à offrir une série d’avantages aux exploitations agricoles industrielles qui satisfont aux critères des zones exemptes de PPA, comme un financement subventionné, des baux fonciers favorables et des réductions sur les frais de surveillance du virus.
Muyuan Food, l’un des méga-producteurs de porcs chinois, figure parmi les entreprises bénéficiant des politiques sur la PPA. Les bénéfices de Muyuan Food ont augmenté de 1 413 % au cours des neuf premiers mois de 2020 pour atteindre 3,21 milliards de dollars. Ces bénéfices ont renforcé la capacité de l’entreprise à développer ses élevages porcins et à renforcer ses mesures de biosécurité et son niveau d’automatisation.
L’expansion des activités de Muyuan repose fortement sur la numérisation, les systèmes d’IA et les infrastructures agricoles. Tout ceci a valu à l’entreprise de bénéficier d’un haut niveau de reconnaissance de la part du gouvernement chinois, qui lui a accordé 23 zones exemptes de PPA en 2022, soit plus de 45 % du total des nouvelles zones exemptes de PPA accordées.
En janvier de l’année dernière, les autorités thaïlandaises ont confirmé un cas de PPA dans la province de production porcine de Nakhon Pathom. Depuis lors, la PPA a été régulièrement détectée dans des élevages porcins de 18 provinces et le nombre de petits élevages de porcs a chuté de 43,35 %. Dans le même temps au Népal, en seulement 8 mois d’épidémie (de mars à novembre 2022) plus de 15 000 porcs d’élevage sont morts de la PPA.
Lorsque les autorités chinoises ont élaboré des mesures pour stopper la propagation de la PPA, elles ont négligé le fait que la quasi-totalité des grandes épidémies avait commencé dans de grands élevages industriels, malgré leurs installations modernes censées permettre les meilleurs niveaux de prévention des maladies. L’une de ces exploitations, située dans la province de Heilongjiang au nord-est du pays, comptait 73 000 porcs et est détenue conjointement par la Heilongjiang Asia-Europe Animal Husbandry Company et le fonds d’investissement danois IFU.
Paradoxalement, face à la propagation continue de la PPA, l’élevage porcin industriel en Chine est en train de « se moderniser ». En août 2022, un nouvel élevage porcin de 26 étages est entré en production. Cette exploitation géante est située à Ezhou, une ville de la province centrale du Hubei en Chine, et sa capacité d’abattage est de 1,2 million de porcs par an.
Selon Big Herdsman Co., une entreprise de construction d’installations d’élevage basée à Tsingdao, le nombre porcheries à plusieurs étages a augmenté à un rythme annuel de 30 % depuis 2020. L’entreprise elle-même a participé à plus de 200 projets de construction d’élevages de truies sur plusieurs étages depuis 2019. Ce boom serait le résultat des politiques récentes sur la PPA et d’une politique de gestion de l’utilisation des terres agricoles de 2019 qui a officiellement autorisé l’élevage dans des bâtiments à plusieurs étages.
Compte tenu du taux de létalité élevé de la PPA, trouver un vaccin semblait être une stratégie clé évidente pour lutter contre l’épidémie. En juin 2022, le Vietnam - qui avait abattu plus de 6 millions de porcs et enregistré plus de 1,29 milliard de dollars de pertes dues au virus porcin - a lancé le premier vaccin au monde contre la PPA. En développement depuis novembre 2019, le vaccin, connu sous le nom de NAVET-ASFVAC, est géré par la société vietnamienne Navetco, propriété du ministère de l’Agriculture du Vietnam, en partenariat avec le Service de recherche agricole (ARS). Son innocuité et son efficacité ont été confirmées par l’ARS, qui dépend du Département de l’Agriculture des États-Unis.
Cependant, seulement trois mois après son lancement, le vaccin a été retiré. Sept cent cinquante porcs ont été retrouvés morts dans plusieurs élevages de la province centrale de Phu Yen après avoir reçu une injection de vaccin. Bien que le porte-parole de l’ARS ait affirmé que les décès des porcs avaient été causés par des processus de vaccination non conformes aux directives du ministère, l’essai du vaccin a été suspendu.
Outre Navetco, au moins deux autres sociétés au Vietnam s’empressent d’avancer pour être le fer de lance de l’exportation de vaccins contre la PPA. La société agricole Dabaco Group JSC et le producteur de vaccins pour bétail AVAC Vietnam Co. ont tous deux commencé à tester et évaluer leurs vaccins en mars 2022. Une fois qu’ils auront franchi les étapes légales d’enregistrement, les vaccins pourraient être homologués au Vietnam bientôt cette année.
L’utilisation généralisée de ces produits semble cependant beaucoup plus compliquée. Même si un vaccin candidat contre la PPA s’avérait efficace, il y aurait encore un long chemin à parcourir avant de l’utiliser à grande échelle dans les pays touchés. L’un des principaux obstacles tient au fait que des pays comme le Vietnam sont très intéressés par l’expansion des exportations de porc. Ils ne voudront pas compromettre leur capacité à exporter du porc étant donné la difficulté de différencier les porcs vaccinés des porcs infectés.
Afin d’ouvrir de nouvelles possibilités d’exportation de porc, le ministère vietnamien de l’Agriculture a signé un protocole d’accord avec la Société financière internationale (SFI) en décembre 2021. La SFI, la branche de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, offrait un soutien technique pour la lutte contre la PPA en Asie dans le cadre de son projet de conseil.
Le protocole d’accord demande au Vietnam de mettre en œuvre un programme de compartimentation pour favoriser l’accès au marché de ses porcs vivants et de ses exportations de porc. Le programme demande aux entreprises du secteur privé de mettre en œuvre une approche normalisée de la gestion des risques en matière de biosécurité. À l’instar de la politique de zones exemptes de peste porcine africaine en Chine, la compartimentation ne profitera qu’aux entreprises porcines industrielles en développant des filières commerciales privilégiées pour leurs exportations de viande de porc.
Au Vietnam, trois entreprises doivent participer à ce premier prototype. De Heus, Hoa Phat et Masan Meatlife mettront en avant le développement et l’opérationnalisation de normes de production et de transformation fondées sur les normes internationales de l’Organisation mondiale de la santé animale. Les grandes entreprises se déclareront alors en conformité et bénéficieront de chaînes d’approvisionnement bio-sécurisées pour l’exportation de porcs vivants ou de viande de porc.
Au-delà de la recherche sur le transport des porcs, plusieurs études récentes ont examiné la transmission de la PPA par le biais d’aliments industriels pour animaux. Pipestone Applied Research (PAR) a identifié un cas concret dans lequel un virus a été introduit dans un troupeau de porcs par le biais d’ingrédients d’aliments pour animaux importés d’un pays connu pour la présence de PPA.
| Pays | Impact sur les Petits Élevages | Mesures Gouvernementales | Développement des Grandes Entreprises |
|---|---|---|---|
| Chine | Forte diminution du nombre de petits élevages | Subventions aux grandes exploitations, zones exemptes de PPA | Expansion et automatisation des grandes entreprises (ex: Muyuan Food) |
| Thaïlande | Chute de 43,35% du nombre de petits élevages | Détection de PPA dans 18 provinces | N/A |
| Népal | Mortalité de plus de 15 000 porcs | Épidémie de 8 mois | N/A |
| Vietnam | Abattage de millions de porcs | Tentative de vaccination (NAVET-ASFVAC), compartimentation | Participation de grandes entreprises (De Heus, Hoa Phat, Masan Meatlife) |
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